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Publications récentes

Edgar Morin et Glenn D. Paige : penser la complexité pour construire un avenir de paix fondé sur les principes du nonkilling Opinion 30-Jun-2026

Edgar Morin et Glenn D. Paige : penser la complexité pour construire un avenir de paix fondé sur les principes du nonkilling

Intervention du Dr Roland Joseph, Ph.D., à l'occasion de la Journée internationale du nonkilling, le 28 juin 2026, sur le thème : « Revitaliser l'esprit du nonkilling : de l'unité culturelle à un avenir nonkilling ». C'est pour moi un immense honneur de prendre la parole aujourd'hui à l'occasion du 96e anniversaire de naissance du regretté professeur Glenn D. Paige. Je souhaite également rendre hommage aux autres figures éminentes du mouvement nonkilling qui nous ont quittés. Nous leur sommes profondément reconnaissants pour leur engagement et leur contribution au rayonnement de ce paradigme à travers le monde, y compris dans la région des Caraïbes. Nous rendons également hommage à d'autres chercheurs et militants qui nous ont quittés et qui n'étaient pas membres du mouvement nonkilling. Sans s'y identifier explicitement, ils ont consacré leur vie à promouvoir la paix et les valeurs de cette philosophie. Il y a quelques semaines, le monde a également perdu un autre grand penseur : le sociologue et philosophe français Edgar Morin, décédé à l'âge de 104 ans. Bien qu'Edgar Morin n'ait pas écrit spécifiquement sur le nonkilling, je suis convaincu que sa réflexion sur la pensée complexe nous offre une grille de lecture particulièrement pertinente pour mieux comprendre l'originalité de ce paradigme élaboré par Glenn D. Paige. En réfléchissant aux contributions de ces deux penseurs, une idée revenait constamment à mon esprit : Glenn D. Paige nous invite à nous poser une question fondamentale : une société nonkilling est-elle possible ? Edgar Morin nous rappelle que répondre à cette question exige une pensée capable de relier les personnes, les idées et les disciplines. Pour Edgar Morin, la pensée complexe constitue une critique du paradigme de la simplification. Ce paradigme consiste à décomposer les problèmes en éléments distincts et à les analyser séparément. En définissant le terme complexe, Morin se réfère au mot latin complexus, qui signifie « ce qui est tissé ensemble ». Il nous rappelle que la réalité ne peut être comprise si l'on isole les phénomènes les uns des autres. Autrement dit, la pensée complexe est une manière de comprendre le monde. Au lieu de séparer les personnes, les idées, les disciplines ou les problèmes, elle nous invite à comprendre les liens qui les unissent. Pour Glenn D. Paige, le meurtre (Killing) n'est pas un phénomène isolé, mais un phénomène complexe. Il ne se limite pas aux questions militaires. Il concerne également la politique, l'éducation, l'économie, l'anthropologie, la sociologie, la psychologie, la science politique, les relations internationales, les technologies, la famille, la religion et la santé publique, pour ne citer que quelques exemples. Si le meurtre, ou le « Killing », constitue un problème complexe, nous devons alors l'aborder dans toute sa complexité. Comme nous le rappelle Edgar Morin, nous ne pouvons pas résoudre des problèmes complexes avec une pensée fragmentée. C'est précisément ce qui rend le paradigme de Glenn D. Paige si remarquable. Plutôt que de réduire le meurtre (Killing) à une cause unique, Paige l'aborde comme un problème humain complexe. Il pose alors une question à la fois simple et profondément révolutionnaire : une société nonkilling est-elle possible ? Il définit cette société comme : « Une communauté d’êtres humains, de la plus petite à la plus vaste, de la locale à la globale, caractérisée par le fait qu’on n’y tue pas les êtres humains et qu’on n’y menace pas de tuer ; il n’y a pas d’armes conçues pour tuer les êtres humains et aucune justification pour les utiliser ; et pas de conditions de société qui dépendent de la menace ou de forces homicides pour le maintien ou le changement. » Paige soutient qu'une société mondiale nonkilling est possible et que la science politique, en tant que discipline académique, peut contribuer à la concrétiser. Pour donner corps à cette vision, il a fondé le Center for Global Nonkilling (CGNK), qui réunit des chercheurs issus de nombreuses disciplines au sein de dix-neuf comités de recherche, notamment en anthropologie nonkilling, sociologie nonkilling, science politique nonkilling, psychologie nonkilling, économie nonkilling, histoire nonkilling, philosophie nonkilling et bien d'autres. Aujourd'hui, le CGNK rassemble plus de 800 chercheurs issus de plus de 80 pays et de près de 300 institutions universitaires, tous engagés à promouvoir un changement de paradigme scientifique en faveur d'une société pacifique fondée sur les principes nonkilling. Morin nous apprend à penser en reliant les disciplines. Paige nous invite non seulement à adopter une approche interdisciplinaire, mais aussi à traduire cette manière de penser en action en mobilisant les savoirs, les disciplines, les chercheurs, les institutions et les acteurs autour d'un objectif commun : la protection de la vie humaine et le respect de sa dignité. Je souhaiterais conclure par une citation de Petra Kelly, reprise par Glenn D. Paige dans son ouvrage Nonkilling Political Science : « Les problèmes qui menacent la vie sur Terre ont été produits collectivement ; ils nous affectent collectivement ; et nous devons agir collectivement pour les transformer. » Je vous remercie. Note de l'auteur: Cette intervention propose une lecture du paradigme du nonkilling de Glenn D. Paige à la lumière de la pensée complexe d'Edgar Morin. Pour approfondir cette réflexion, le lecteur peut consulter La Méthode d'Edgar Morin ainsi que Nonkilling Political Science de Glenn D. Paige (Center for Global Nonkilling, 2002).

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La violence comme mode d’expression politique en Haïti : enjeux pour la consolidation démocratique. Synthèse 17-Apr-2026

La violence comme mode d’expression politique en Haïti : enjeux pour la consolidation démocratique.

La conférence-débat consacrée à la violence politique et à la consolidation démocratique en Haïti, animée par Dourason CHARLES et modérée par Jonathan MEUS, a permis d’explorer en profondeur les liens complexes entre violence et politique. L’intervenant a montré que la violence peut être appréhendée à la fois comme un mode d’expression politique et comme un obstacle majeur à la construction démocratique. S’appuyant sur des approches anthropologiques, notamment celles de Hobbes et de Machiavel, il a rappelé l’importance du monopole de la violence légitime par l’État et les enjeux liés à sa régulation. Les échanges ont porté sur plusieurs dimensions du phénomène, notamment la violence électorale, la militarisation de la société et le rôle des groupes armés illégaux en tant qu’acteurs politiques. La discussion a également mis en lumière la manière dont l’autorité politique définit et traite la violence en fonction de sa vision du monde et de ses objectifs en matière de consolidation démocratique. Dans une perspective historique et politique, les participants ont interrogé les dynamiques démocratiques en Haïti depuis 1986, en soulignant les fragilités persistantes du système. L’intervenant a insisté sur le fait que la compréhension de la violence dépend des conceptions anthropologiques sous-jacentes et que l’affaiblissement de l’État, notamment lorsqu’il perd le monopole de la contrainte légitime, favorise l’émergence de formes de violence concurrentes dans l’espace public. Par ailleurs, il a été souligné que la violence systémique révèle des failles structurelles dans la construction de l’autorité politique. Les stratégies visant uniquement à éradiquer la violence apparaissent insuffisantes si elles ne s’attaquent pas à ses causes profondes. En s’inspirant de Weber, l’intervenant a rappelé que le monopole de la violence constitue un fondement de l’État moderne, tout en soulignant les dérives possibles lorsque ce monopole est fragilisé ou instrumentalisé. L’analyse a également porté sur les différentes stratégies adoptées par l’État haïtien face à la violence : la répression directe, le contournement par la tolérance de zones de non-droit, et la délégation implicite de la violence à des groupes armés. Ces dynamiques interrogent la capacité du politique à produire de l’ordre, à former des citoyens et à imposer une vision cohérente du vivre-ensemble. Enfin, la discussion a permis de préciser les contours de la violence politique et son rôle dans les relations institutionnelles. Il a été avancé que la violence, sans être constitutive de la démocratie, peut néanmoins en être une expression dévoyée dans des contextes de crise. Les groupes armés ont ainsi été analysés comme des formes de gouvernance parallèle, tandis que la violence terroriste a été distinguée de la violence légitime par sa finalité et ses cibles. Cette conférence a ainsi offert un cadre d’analyse riche pour comprendre les enjeux de la violence politique en Haïti et les défis qu’elle pose à toute entreprise de consolidation démocratique.

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CONFÉRENCE - DÉBAT 17-Apr-2026

La violence comme mode d’expression politique en Haïti : enjeux pour la consolidation démocratique.

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